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Bienvenue! >> Contes-clés >> L’Homme de fer

 

1. Les Trois oisillons 2. La Vieille dans la forêt
3. Le Corbeau 4. Le Langage des animaux
5. Le Chat botté 6. L’Homme de fer
7. L’Oiseau d’or 8. Le Fiancé de la princesse

Il était une fois un roi qui avait, près de son château, une grande forêt où le gibier était nombreux.

Mais un jour que le roi y avait envoyé un chasseur pour abattre un chevreuil, le chasseur ne revint pas. « Il lui sera peut-être arrivé un accident », pensa le roi, qui envoya le lendemain deux chasseurs à sa recherche. Mais on ne les revit pas non plus.

Le troisième jour, le roi convoqua tous ses chasseurs et leur dit : « Vous allez me fouiller et battre la forêt de tous côtés et en tous sens, et que nul ne s’arrête avant que vous les ayez retrouvés tous les trois ! »

Mais de ceux-là non plus, on n’en revit pas un, ni même un seul de tous les chiens de la meute. Alors, il n’y eut plus personne pour vouloir se risquer dans la forêt.

Ce ne fut plus qu’un silence et la solitude que rien ne vint troubler, sauf parfois le vol d’un aigle ou d’un vautour qui planait au-dessus.

Des années passèrent ainsi, et puis un jour, un chasseur inconnu vint offrir ses services au roi, en lui disant qu’il était prêt à entrer dans la périlleuse forêt. Le roi s’y opposa.

— Non, non, il y a quelque chose de fantastique là-dessous, lui dit-il, et j’ai peur que cela n’aille pas mieux pour toi que pour les autres, et qu’on ne te revoie plus jamais sortir !

— Sire, dit le chasseur, je le prends sur moi, et j’irai à mes risques et périls. Je ne sais pas ce que c’est que la peur.

Sans attendre, le chasseur gagna la forêt, suivi de son chien, qui eut tôt fait de lever quelque bête et de se lancer sur la voie en jappant ; mais dès ses premiers bonds, il se trouva enfoncé dans un marécage qui l’arrêta dans sa course et un bras nu sortit de l’eau pour le saisir et le tirer dedans.

Le chasseur avait tout vu ; il fit demi-tour pour revenir avec trois solides gaillards armés de seaux, et il leur fit vider l’eau.

Lorsque le fond apparut, il y avait là, couché de tout son long, une sorte de grand sauvage qui avait tout le corps d’un brun de rouille, et des cheveux longs jusqu’aux genoux, qui lui couvraient complètement le visage.

Ils le lièrent avec des cordes et le traînèrent jusque dans le château, où sa vue fut un bel étonnement pour tous !

Le roi l’enferma dans une cage de fer, qu’il laissa dans la cour du château, confiant la garde de la clef à la reine elle-même et interdisant d’ouvrir la porte de la cage sous peine de mort.

À partir de ce moment-là, tout un chacun put s’en aller dans la forêt sans avoir rien à craindre.

Le fils du roi, qui avait alors huit ans, jouait un jour dans la cour du château avec sa balle d’or, qui s’en alla tomber par hasard dans la cage de fer. L’enfant y courut et demanda au sauvage couleur de rouille de la lui rendre.

— Pas avant que tu ne m’aies ouvert la porte.

— Non, répondit le petit prince. C’est défendu par le roi et je ne le ferai pas.

 Il s’en alla en courant, mais il revint le lendemain redemander sa balle. “Ouvre-moi la porte !” répondit le grand sauvage, mais le garçonnet ne voulut point. Il y revint pourtant le troisième jour – et ce jour-là le roi s’en était allé à la chasse – il y revint et demanda de nouveau sa balle, ajoutant cette fois que même s’il voulait ouvrir la porte de la cage, il ne le pourrait pas, n’ayant pas la clef.

Le sauvage lui répondit : « Tu la trouveras sous l’oreiller de ta mère, et tu n’as qu’à aller la chercher. »

 Comme il tenait avant tout à ravoir sa balle, le petit prince oublia ses scrupules et courut chercher la clef. Il eut beaucoup de mal à ouvrir, tellement la porte était dure, et il se pinça douloureusement le doigt avant d’y arriver.

Dès qu’elle fut ouverte, le sauvage en sortit, lui donna sa balle et s’éloigna en toute hâte.

 Pris de peur en le voyant s’enfuir, le petit prince supplia : « Ne pars pas, homme sauvage ! Ne t’en vas pas, sinon je serai fouetté ! »

Revenant sur ses pas, le sauvage l’attrapa, le chargea sur son dos et l’emmena prompte­ment dans la grande forêt, où il alla lui-même chercher un sûr refuge.

 À son retour, le roi vit que la cage était ouverte et demanda à la reine comment cela se faisait. La reine, qui ne savait rien, voulut aller prendre la clef, mais ne la trouva pas. Elle appela le petit prince ; personne ne répondit.

Le roi envoya ses gens à sa recherche, mais on ne le trouva point : on l’appela et le chercha partout ; il n’était nulle part. Il ne fut pas difficile de comprendre ce qui était arrivé, hélas ! et la disparition du petit prince fit régner le grand deuil à la cour.

 Quant à l’homme sauvage, aussitôt qu’il se retrouva à l’abri bien obscur de la forêt sauvage, il reposa l’enfant à terre et lui dit :

— Tu ne reverras plus ton père, ni ta mère ; mais je vais te garder avec moi et je ne te ferai pas de mal, d’abord parce que tu m’as délivré et que je t’en suis reconnaissant, ensuite parce que j’ai pitié de toi. Si tu fais tout ce que je te dis, tout ira bien pour toi : je suis plus riche d’or et je possède plus de trésors que qui que ce soit au monde !

 Le lendemain, quand l’enfant eut dormi sur le lit de mousse qu’il lui avait préparé, il le conduisit jusqu’à une source.

 [ 1 ]  — Tu vois, lui dit-il, l’eau de cette source d’or est claire et transparente comme le cristal ; tu vas rester là et veiller à sa pureté, que rien ne la touche ou n’y tombe. Moi, je viendrai chaque soir vérifier si tu m’as bien obéi.

 Assis au bord de la source claire, le garçonnet put y admirer les poissons d’or et les serpents d’or qui y apparaissaient à tout moment, et il faisait bien attention que la belle eau ne fût troublée par rien ; mais comme le doigt qu’il s’était pincé dans la porte s’était mis à le brûler bien fort, il le trempa dans l’eau, en oubliant sa surveillance.

Oh ! non, il ne l’avait pas fait exprès et il le retira vite, vite, quand il y pensa. C’était trop tard, et son doigt était complètement doré ; il eut beau frotter et frotter, essayer tout ce qu’il voulut, rien n’y fit et l’or resta.

 Au soir, lorsque arriva l’Homme de fer, il regarda l’enfant et lui demanda : « Qu’est-il arrivé à la source d’or ? » Cachant son doigt derrière son dos, l’enfant répondit qu’il ne lui était rien arrivé, rien du tout.

— Tu as trempé ton doigt dans l’eau ! affirma l’homme. Pour cette fois, cela ne comptera pas ; mais que cela ne se reproduise plus ! Et fais bien attention que rien ne touche à l’eau désormais !

 Le lendemain matin, l’enfant fut de nouveau assis devant la source : il devait la garder. Son doigt lui faisait encore mal, mais il le fourra dans ses cheveux pour ne pas être tenté ; malheureusement, il y eut un cheveu qui tomba dans l’eau.

Vite, vite, il l’en retira, mais il était déjà entièrement doré. Et quand revint l’Homme de fer, il savait ce qui était arrivé.

— Tu as laissé tomber un cheveu dans la source ! dit-il à l’enfant. Je te laisse passer encore ce coup-ci, mais si jamais il arrive quelque chose une troisième fois pour troubler la pureté de la source d’or, tu ne pourras plus rester avec moi et je ne te garderai pas !

Le troisième jour, tandis que l’enfant était de garde à la source, son doigt l’élançait, le lancinait et lui faisait très mal, mais il ne le bougea pas.

Comme le temps lui paraissait long, il essaya de se distraire en regardant sa figure dans le miroir de l’eau ; et comme il se penchait toujours un peu plus pour mieux voir, voilà que ses longs cheveux, qui lui tombaient jusque sur les épaules, glissèrent et touchèrent l’eau.

Il se rejeta bien vite en arrière, mais déjà toute sa chevelure était dorée et brillait comme un soleil. Vous pouvez imaginer quelle peur eut l’enfant !

Aussi, pour que l’homme ne le voie pas, prit-il son mouchoir et s’en couvrit-il la tête comme d’un bonnet. 

Mais à quoi bon ? L’homme savait déjà tout en arrivant, le soir, et ses premiers mots furent : « Enlève ton mouchoir ! »

Il le retira et ses cheveux d’or cascadèrent en boucles éblouis­santes sur ses épaules. Il eut beau s’excuser, dire qu’il ne l’avait pas fait exprès et jurer qu’il ne recommencerait plus, cela ne servit à rien et l’Homme de fer lui dit :

 [ 2 ]  — Tu n’as pas réussi l’épreuve : il est impossible que je te garde ici plus longtemps.

 [ 3 ]  Le vaste monde est devant toi, et tu y apprendras ce que c’est que la pauvreté ; car tu n’auras pas le cœur à retourner en arrière après ce que tu viens de vivre ici.

 [  ] Mais comme je t’aime, je vais te permettre une chose : si tu es en danger et si tu en as vraiment besoin, va dans la forêt et appelle-moi : “Jean-de-fer !” Tu me verras aussitôt et je t’aiderai. Mon pouvoir est grand, tu sais, bien plus grand que tu ne le crois.

 [ 4 ]  Le petit prince dut alors s’en aller loin de la forêt, et il marcha, marcha toujours, en suivant les chemins quand il y en avait ou en allant droit devant soi quand il n’y en avait pas ; il finit tout de même par arriver dans une grande ville où il chercha du travail, mais sans en trouver, puisqu’il ne savait rien faire et n’avait rien appris d’utile pour cela.

De désespoir, il alla au château demander qu’on voulût bien le garder. On ne savait vraiment pas à quoi l’employer, mais il plut aux gens de la cour qui lui dirent de rester ; et ce fut le cuisinier, finalement, qui le prit pour nettoyer les cendres, aller puiser l’eau et chercher le bois.

 [ 5 ]  Il faisait donc ce service quand un jour, n’avant per­sonne d’autre sous la main à ce moment’là, le cuisinier l’envoya porter un plat sur la table royale ; il y alla, mais comme il ne voulait pas laisser voir sa chevelure d’or, il garda son bonnet sur la tête en présence du roi, qui n’avait jamais vu pareille inconvenance.

— Quand tu sers à la table royale, dit le roi, tu dois retirer ton bonnet.

— Oui, Sire, répondit-il en inventant vite une excuse, mais c’est que je ne le peux pas, à cause des vilaines croûtes que j’ai sur la tête.

 Le roi fit venir le cuisinier et le gronda sévèrement, lui demandant comment il avait pu prendre un gamin teigneux à son service, dans les cuisines. Qu’il le renvoie immédiatement, c’était tout ce qu’il avait à faire !

Mais le cuisinier n’eut pas le cœur de le chasser tout à fait : il s’arrangea avec le jardinier du château et ils firent échange de leurs aides.

 Le garçon se retrouva donc au jardin, ayant à planter ou à arroser, à bêcher et à travailler la terre par tous les temps, dans le grand vent et les intempéries.

Un jour qu’il y était seul, en été, étouffant sous la grosse chaleur, il avait enlevé sa coiffure pour se rafraîchir un peu à la brise.

Le soleil, en tombant sur ses cheveux d’or, les faisait resplendir et rayonner si intensément que leur éclat vint briller jusque dans la chambre où se reposait la princesse, qui se leva et alla à sa fenêtre pour voir d’où provenait cette éblouissante lueur.

En apercevant le petit aide-jardinier, elle l’appela :

— Garçon, cueille-moi un bouquet et monte-le !

 Vite, vite, il recoiffa son bonnet, cueillit et fit un bouquet de fleurs des champs. En montant l’escalier, il croisa le jardinier qui l’arrêta.

— Comment oses-tu porter un aussi simple bouquet à la princesse ? lui dit-il. Dépêche-toi d’aller cueillir les fleurs les plus belles et les plus rares !

— Oh, que non ! répondit le gamin. Ces fleurs-là ont bien plus de senteur et lui plairont beaucoup plus, j’en suis sûr.

Et il courut jusqu’à la chambre de la princesse.

— Enlève ton bonnet, lui dit la princesse. Tu ne dois pas rester couvert en ma présence.

— Je ne peux pas, lui répondit-il, comme il l’avait déjà fait à la table du roi : j’ai des croûtes sur la tête.

 [ 6 ]  La princesse lui attrapa son bonnet et le lui enleva, libérant ses boucles d’or, qui se déployèrent magnifiquement sur ses épaules, merveilleuses à voir.

Il voulut bondir vers la porte pour s’enfuir, mais la princesse le retint par le bras et lui donna une poignée de ducats avant de le laisser partir.

Il s’en alla avec cet or, qui n’avait aucun prix à ses yeux et qu’il donna au jardinier en lui disant : « Voilà pour tes enfants, ils pourront s’amuser avec. »

 Le lendemain, la princesse l’appela de nouveau, en lui réclamant un bouquet de fleurs des champs, et chercha encore à lui arracher son bonnet dès son entrée dans la chambre ; mais cette fois, il le retint à deux mains et l’en empêcha.

Elle lui fit cadeau encore d’une poignée de ducats, qu’il ne voulut pas garder non plus, et qu’il donna au jardinier comme les autres.

La princesse l’appela de même le troisième jour, voulut encore lui ôter son bonnet sans y parvenir, et il lui refusa son or.

 [ 7 ]  Bientôt après, ce fut la guerre qui s’abattit sur le royaume. Le roi mobilisa tout son peuple, en se demandant s’il pourrait résister à l’ennemi, qui était aussi nombreux que puissant.

On entendit alors le jeune aide-jardinier qui disait : « Maintenant que je suis grand, je veux aussi aller faire la guerre. Qu’on me donne un cheval, c’est tout ce que je demande ». Ce fut un éclat de rire chez les hommes, qui lui dirent : « Une fois que nous serons partis, tu n’auras qu’à aller le prendre à l’écurie : nous t’en aurons laissé un ».

 Après leur départ, il courut à l’écurie et sortit son cheval, qui avait une jambe tordue et qui boitait lamentablement : trois pattes par-ci, l’autre par-là.

Il le monta néanmoins, puisqu’il n’en avait pas d’autre, et dirigea son boiteux vers la grande forêt, où il se mit à appeler, dès qu'il eut atteint la lisière : « Jean-de-Fer ! Jean-de-Fer ! Jean-de-Fer ! », en y mettant toute sa voix qui retentit sous les arbres.

— Que veux-tu de moi ? lui demanda l’Homme de fer, en surgissant aussitôt devant lui.

— Je voudrais un puissant cheval de bataille, dit le jeune prince, parce que je vais faire la guerre.

— Tu l’auras, et encore mieux que ce que tu attends ! répondit l’Homme de fer en se renfonçant dans la forêt, d’où sortit peu après un palefrenier qui menait un cheval fougueux et hennissant qu’il avait peine à retenir ; derrière, venait aussi tout un escadron de guerriers cuirassés de fer, dont les sabres flamboyaient sous le soleil.

 Le jeune prince laissa son cheval à trois pattes au palefrenier pour monter lui-même le piaffant coursier et chevaucher en tête de l’escadron des cavaliers de fer.

Lorsqu’ils arrivèrent sur le champ de bataille, une bonne partie des hommes du roi avait déjà été abattue, et le reste était à deux doigts de la fuite.

À la tête de son escadron de fer, le jeune prince fondit sur l’ennemi comme un ouragan qui couche tout sur son passage, le mit en déroute et se jeta derrière les fuyards sans en laisser échapper un seul.

 [ 8 ]  Mais au lieu de s’en revenir vers le roi, après cela, il repartit discrètement vers la forêt avec ses cavaliers, et là, il appela Jean-de-Fer.

— Que veux-tu de moi ? demanda-t-il en apparaissant devant lui.

— Te rendre ton cheval et tes hommes, pour reprendre mon canasson à trois pattes.

La chose faite, il prit le chemin du retour et chevaucha, clopin-clopant, sur Triple-Pattes jusqu’au château.

 Au retour du roi, sa fille courut à sa rencontre pour le féliciter de sa victoire.

— Je n’y suis pour rien et ce n’est pas moi qui ai gagné la bataille, dit le roi. C’est un chevalier inconnu qui est venu à mon secours avec sa troupe.

 La princesse était curieuse de savoir qui était ce héros, mais le roi n’en savait rien et ne pouvait rien lui apprendre.

« Il s’est jeté à la poursuite des fuyards, expliqua-t-il, et je ne l’ai plus revu ! »

Elle alla trouver le jardinier pour se renseigner sur son jeune aide, et le jardinier éclata de rire : « Il est rentré sur son cheval à trois pattes en provoquant un rire général, accueilli par leurs moqueries. »

— Tiens, voilà Clopin-Clopant qui s’en revient ! criaient les uns

— Derrière quelle haie es-tu allé te coucher pour dormir, pendant ce temps ? lui jetaient les autres.

 [ 9 ]  — Nous allons donner une grande fête de trois jours, dit alors le roi à sa fille. Tu lanceras une pomme d’or, comme nous le ferons annoncer ; et qui sait si l’Inconnu n’y viendra pas ?

 Les fêtes ayant été proclamées, le jeune prince gagna la forêt et appela Jean-de-Fer, qui lui demanda aussitôt ce qu’il voulait.

— Que ce soit moi qui attrape la pomme d’or lancée par la princesse !

— C’est comme si tu l’avais déjà, lui répondit l’Homme de fer, mais il te faut aussi un cheval feu et une armure rouge.

 Le premier jour des fêtes, il arriva ainsi, au grand galop, et se mêla aux chevaliers sans être reconnu de personne.

La princesse apparut, lança la pomme d’or, qui ne fut attrapée par aucun chevalier, mais par lui seul ; et aussitôt qu’il l’eut, il disparut au triple galop.

 Le deuxième jour, l’Homme de Fer lui avait donné une armure blanche et un coursier blanc de neige, et nul autre que lui ne toucha la pomme d’or que la princesse avait lancée aux chevaliers, et de nouveau il disparut en emportant la pomme.

— Ce n’est pas licite, dit le roi courroucé. Il doit paraître devant moi et me donner son nom ! Si le vainqueur veut encore s’échapper, qu’on le poursuive et le rejoigne, quitte à croiser le fer avec lui, s’il ne veut pas revenir de son plein gré.

 Le troisième jour, revêtu d’une armure noire et montant le noir palefroi que lui avait donnés l’Homme de fer, il vint et emporta la pomme d’or ; mais comme il l’emportait au triple galop, avec les gens du roi à ses trousses, l’un de ses poursuivants le serra d’assez près pour le toucher à la jambe, de la pointe de l’épée.

Il les distança aussitôt, mais la course de son cheval fut si rapide qu’il en perdit son heaume et que les gens du roi purent voir briller ses cheveux d’or.

Abandonnant la poursuite, ils revinrent au château et rendirent compte au roi.

 Le jour suivant, la princesse s’en retourna questionner le jardinier au sujet de son jeune aide.

— Il travaille au jardin, répondit-il ; mais le drôle a aussi participé aux fêtes et n’en est revenu qu’hier soir. Il a fait voir à mes enfants trois pommes d’or qu’il avait remportées.

 [ 10 ]  Le roi le fit venir devant lui, et quand il se présenta, il avait de nouveau son éternel bonnet sur la tête.

Mais la princesse approcha par derrière et le lui enleva brusquement, ce qui fit retomber sur ses épaules les magnifiques cheveux d’or, au grand émerveillement de toute l’assistance.

— Est-ce toi le chevalier qui est venu chaque jour, sous une autre couleur, à la fête, et qui a chaque fois gagné la pomme d’or ? lui demanda le roi.

— Oui, c’est moi, et voici les trois pommes, répondit-il en les tirant de sa poche pour les tendre au roi. S’il vous faut d’autres preuves, je puis encore vous faire voir la blessure que j’ai reçue de vos gens, quand ils me poursuivaient, ajouta-t-il. Et je suis également le chevalier qui a aidé à votre victoire sur l’ennemi.

 [ 11 ]  — Celui qui accomplit de pareils exploits n’est pas un aide-jardinier, énonça le roi. Dis-moi quel est le nom de ton père ?

— Mon père est un puissant monarque, et j’ai de l’or à foison, tant que j’en veux.

— Je reconnais que je suis ton obligé et que j’ai une dette de reconnaissance envers toi, déclara le roi. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ?

— Assurément, répondit-il, vous le pouvez très bien : donnez-moi votre fille comme épouse.

— Voilà quelqu’un qui n’y va pas par quatre chemins ! s’exclama la princesse en éclatant de rire. Mais depuis que j’avais vu ses cheveux d’or, je savais bien qu’il n’était pas un garçon jardinier !

Et elle courut l’embrasser.

 [ 12 ]  Le père et la mère du jeune prince assistèrent à son mariage et l’on peut imaginer quel était leur bonheur, car ils avaient depuis longtemps perdu tout espoir de revoir leur enfant chéri.

Mais alors qu’ils étaient tous à table, au beau milieu du festin, soudain se turent les musiques et les portes s’ouvrirent en grand pour laisser entrer un superbe monarque et sa suite nombreuse.

Ce roi s’avança vers le jeune prince, l’embrassa et lui dit : « Je suis l’Homme de Fer, le roi Jean, et j’avais été changé en homme sauvage par un enchantement dont tu m’as délivré. Tous les trésors que je possède seront et sont désormais ta propriété et ton bien. »

 

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