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Bienvenue! >> Contes-clés >> L’Oiseau d’or

 

1. Les Trois oisillons 2. La Vieille dans la forêt
3. Le Corbeau 4. Le Langage des animaux
5. Le Chat botté 6. L’Homme de fer
7. L’Oiseau d’or 8. Le Fiancé de la princesse

[ 1 ]  Il y eut un roi, dans le temps jadis, qui avait derrière son château un parc magnifique agrémenté d’un verger merveilleux ; et dans ce verger, il y avait un arbre qui ne portait que des pommes d’or pur.

[ 2 ]  Quand ces pommes mûrirent, on les compta ; mais il en manqua une le lendemain matin. On rapporta la chose au roi, qui ordonna qu’une garde veillât chaque nuit au pied de l’arbre.

Comme le roi avait trois fils, dès la tombée du jour, il envoya son fils aîné monter la garde sous le pommier aux pommes d’or ; mais quand minuit sonna, l’aîné n’avait pu résister au sommeil et s’était endormi ; et le lendemain matin, il manquait une pomme d’or.

La nuit suivante, ce fut le deuxième fils qui fut chargé de monter la garde, mais il ne fit pas mieux, et quand sonna minuit il s’était endormi tout comme son frère ; et le lendemain matin, une pomme manquait à l’arbre.

Ce fut alors le tour de veille du troisième fils, qui se tenait prêt ; mais le roi ne lui faisait pas grande confiance et pensait plutôt qu’il ne réussirait pas mieux que ses frères. Néanmoins, pour finir, il le laissa aller.

Le jeune homme s’étendit sous l’arbre, veilla et ne se laissa pas surprendre par le sommeil.

Lorsque sonna minuit, il y eut un froissement dans l’air et le guetteur put voir, au clair de lune, un oiseau brillant, dont le plumage était fait d’or entièrement. L’oiseau vint se percher sur l’arbre et commença à becqueter une pomme, mais le jeune homme lui décocha une flèche qui le mit en fuite.

Or la flèche l’avait frôlé et l’une de ses plumes d’or était tombée sur le sol. Le jeune homme la ramassa et la montra le lendemain matin au roi, son père, en lui racontant ce qu’il avait vu dans la nuit.

Le roi réunit son conseil, dont tous les membres, sans exception, estimèrent qu’une plume comme celle-là avait, à elle seule, plus de valeur que le royaume entier.

[ 3 ]  — Si cette plume est si précieuse, déclara le roi, il ne me sert à rien d’en avoir une : ce qu’il me faut et ce que je veux avoir, c’est l’oiseau tout entier !

[  ] Le fils aîné se mit en route, confiant en son habileté et ne doutant pas qu’il aurait tôt fait de trouver l’oiseau d’or. Quand il eut fait un bon bout de route, il vit un renard à la lisière d’une forêt, prit son fusil et le visa.

— Ne tire pas sur moi ! lui cria le renard. Pour la peine, je te donnerai un excellent conseil. Puisque tu es en chemin pour chercher l’oiseau d’or, tu vas arriver ce soir dans un bourg, où il y a deux auberges qui se font vis-à-vis. Dans l’une, les lumières brillent et l’on mène joyeuse vie ; mais ce n’est pas là que tu dois entrer. Va dans l’autre, au contraire, qui est toute sombre et qui te paraîtra sinistre au possible.

« Une bête est une bête, pensa le fils du roi, quel conseil raisonnable aurais-je à en attendre ? » Et il tira. Mais il manqua le renard qui détala ventre à terre, la queue tendue, et disparut sous le couvert.

Le fils du roi reprit sa route et arriva, vers le soir, dans le bourg où se trouvaient les deux auberges. Dans l’une on chantait et dansait ; l’autre, au contraire, paraissait triste et avait l’air misérable.

« Je serais bien bête, pensa-t-il, de préférer cette auberge minable à celle qui a si bonne mine ! »

Il entra donc dans l’auberge joyeuse, y fit la fête et vécut là une vie de plaisirs, en oubliant tout à fait et l’oiseau, et son père, et toutes les bonnes leçons qu’il avait reçues.

Comme le temps passait sans que le fils aîné revînt à la maison, le deuxième fils du roi se mit en route à son tour à la recherche de l’oiseau d’or.

Tout comme son frère aîné, il rencontra le renard qui lui donna son bon conseil, et il n’en tint pas compte.

Il arriva dans le bourg aux deux auberges, et derrière la fenêtre de celle où retentissait la clameur des joyeusetés, il vit son frère qui lui faisait signe et l’appelait.

Incapable de résister, il y entra et ne vécut plus que pour son plaisir.

Un certain temps de nouveau s’écoula, puis le fils cadet voulut se mettre à son tour en quête de l’oiseau d’or et tenter, lui aussi, sa chance ; mais son père s’y opposa.

« C’est inutile, affirma-t-il ; celui-ci trouvera l’oiseau d’or encore moins que ses frères ; et s’il lui arrive quelque malheur, il ne saura jamais s’en tirer : c’est ce qu’il y a de pis avec lui ! »

Mais à la fin, à force d’insistance, il se laissa fléchir pour avoir la paix et consentit à le laisser partir quand même.

À la lisière de la forêt, il rencontra le renard qui le supplia de lui laisser la vie en échange du bon conseil.

[ 4 ]  Le lendemain matin, dès qu’il se retrouva en pleine campagne, il aperçut le renard qui l’attendait et qui lui dit :

— Je vais t’apprendre ce que tu as à faire encore. Avance toujours tout droit et tu finiras par arriver à un château devant lequel des soldats sont couchés : tout un bataillon ; mais ne t’en trouble pas, parce qu’ils seront tous en train de dormir et de ronfler. Tu passes par-dessus pour te diriger tout droit à l’intérieur du château, dont tu traverseras les salles en enfilade jusqu’à ce que tu sois dans une chambre où il y a un oiseau d’or dans une cage de bois. À côté, il y a une cage d’or vide : c’est pour la parade ; aussi garde-toi bien de retirer l’oiseau de sa vilaine cage de bois pour le mettre dans la splendide cage d’or, sinon cela irait mal pour toi.

Après ces paroles, le renard tendit sa queue et le jeune prince s’y accrocha, emporté à une telle vitesse que le vent lui sifflait dans les cheveux.

Quand il fut devant le château, tout y était comme le renard le lui avait dit ; et il arriva finalement dans la chambre où l’oiseau d’or se tenait perché dans une cage de bois, et à côté était pendue une cage d’or ; les trois pommes d’or se trouvaient aussi dans la pièce, une ici, l’autre là, et la troisième ailleurs.

[ 5 ]  Le jeune homme songea alors qu’il serait ridicule de laisser le bel oiseau d’or dans cette vilaine cage rustique, et il en ouvrit la porte pour prendre l’oiseau et le mettre dans la cage d’or.

Au même instant, l’oiseau poussa un cri strident. Les soldats, réveillés, se précipitèrent à l’intérieur et le mirent, lui, en prison, d’où on le tira le lendemain pour le faire passer devant le tribunal, qui le condamna à mort après ses aveux.

Le roi, toutefois, déclara qu’il lui laisserait la vie, à condition qu’il lui ramène le cheval d’or, celui qui galope plus vite que le vent ; et qu’il lui donnerait encore, en plus, l’oiseau d’or à titre de récompense.

Le jeune prince se mit donc en route, mais en soupirant avec une grande tristesse, car où trouverait-il le cheval d’or ?

[ 6 ]  Et tout à coup, il aperçut son vieil ami le renard qui était là, assis sur son chemin.

— Tu vois, dit le renard, c’est arrivé parce que tu n’as pas voulu m’écouter. Mais reprends courage : je vais m’occuper de toi et te dire comment tu parviendras jusqu’au cheval d’or. Avance toujours tout droit, et tu finiras par arriver à un château où le cheval est à l’écurie. Devant les écuries seront couchés les palefreniers et les autres valets ; mais ils dormiront et ronfleront, et tu pourras tranquillement mener dehors le cheval d’or. Seulement fais bien attention à une chose : mets-lui la mauvaise selle de bois et de cuir, et non pas la selle d’or qui est à côté, sinon cela irait mal pour toi !

Le renard tendit sa queue, le jeune prince s’assit et se cramponna, aussitôt emporté par monts et par vaux à une telle vitesse que le vent lui sifflait dans les cheveux.

Tout se passa comme le renard l’avait dit, et il entra dans l’écurie où était le cheval d’or ; mais comme il voulait le seller, il ne put se résoudre à lui sangler la vilaine selle ordinaire, et il se dit : « Une si belle bête, ce serait une honte pour lui, si je ne lui mettais pas la belle selle d’or dont il est digne ! »

Mais la selle d’or n’eut pas plutôt touché le dos du cheval d’or, qu’il se mit à hennir puissamment. Les palefreniers et les autres, réveillés, s'emparèrent du jeune homme et le jetèrent en prison.

Jugé le lendemain, il fut condamné à mort ; mais le roi lui promit la vie sauve et le cheval d’or par-dessus, s’il lui ramenait la belle princesse du château d’or.

Le cœur lourd, le jeune homme se remit en route, mais heureusement pour lui, le fidèle renard n’était pas loin et il le trouva bientôt.

— Je devrais t’abandonner à ton malheur ! lui dit le renard. Mais j’ai pitié de toi et je veux t’aider encore une fois dans ta détresse. Ton chemin te conduit tout droit au château d’or : tu en approcheras le soir parce que la nuit, quand tout est silencieux et tranquille, la belle princesse se rend au pavillon de bain pour s’y baigner. Dès son entrée, bondis vers elle et prends-lui un baiser : elle te suivra et tu n’auras plus qu’à t’en aller avec elle. Mais surtout ne permets pas qu’elle aille auparavant dire adieu à ses parents, sinon cela tournerait au plus mal pour toi !

Et le renard tendit sa queue, le prince s’y installa pour filer à une telle vitesse que le vent lui sifflait dans les cheveux.

Au château d’or, tout se présenta comme le renard l’avait dit. Le jeune homme attendit jusqu’à minuit que tout fût plongé dans un profond sommeil, et la belle princesse se rendit au pavillon de bain ; il bondit hors de sa cachette et lui prit un baiser.

Elle lui dit qu’elle le suivrait volontiers et avec joie, mais elle le supplia désespérément et avec force larmes de lui permettre d’aller auparavant dire adieu à ses parents.

Il commença par refuser, mais comme elle versait de plus en plus de larmes et se jetait à ses pieds en le suppliant, il s’en émut finalement et la laissa aller.

À peine la jeune fille arriva-t-elle devant le lit de son père qu’il se réveilla, lui, le roi, et avec lui tous les autres dans le château ; le jeune homme fut arrêté et jeté en prison.

Le lendemain matin, le roi lui dit :

— C’est ta vie que tu as perdue ! Le seul moyen, pour toi, d’obtenir ta grâce, c’est de m’ôter en huit jours la montagne qui est devant ma fenêtre et qui me bouche la vue. Si tu y parviens, tu auras ma fille en récompense.

Le prince commença aussitôt à piocher et à pelleter la terre et le roc sans discontinuer, mais au bout de sept jours, quand il vit le peu qu’il avait enlevé – si peu que tout son labeur était tout juste comme rien ! – il se découragea complètement et perdit tout espoir.

Mais vers le soir de ce septième jour, le renard apparut et lui dit :

— Tu ne mérites pas que je m’occupe de toi, mais va te coucher et dormir à présent, je ferai le travail à ta place.

Quand il se réveilla, le lendemain matin, et regarda par la fenêtre, la montagne avait totalement disparu.

Tout joyeux, le jeune homme se hâta d’aller l’annoncer au roi en exigeant qu’il tînt sa promesse, et le roi, bon gré ou mal gré, se trouva bien obligé de respecter sa parole et de lui donner sa fille.

Alors ils s’éloignèrent tous les deux du château d’or, et il ne fallut pas longtemps pour que le renard fût auprès d’eux, toujours fidèle.

— Tu as maintenant le mieux du mieux, dit le renard, c’est vrai ; mais de la belle princesse du château d’or dépend, pour toi, la possession du cheval d’or.

— Comment obtenir l’un sans perdre l’autre ? questionna le jeune homme.

— Je vais te le dire, annonça le renard. D’abord, tu vas amener la belle princesse du château d’or au roi qui te l’avait demandée. Il y aura grande liesse à sa cour, et ils te feront présent du cheval d’or avec reconnaissance. Tu le monteras aussitôt, et dès que tu seras en selle, tu leur tendras la main à tous pour leur faire tes adieux, et à la belle demoiselle en dernier ; et là, quand tu lui serreras la main, attire-la bien vite sans la lâcher et pars au triple galop : personne ne pourra te rejoindre pour te la reprendre, puisque ton cheval galope plus vite que le vent.

Tout fut accompli de la manière la plus heureuse et le prince emporta la belle princesse sur son cheval d’or.

Le renard fidèle ne fut pas en retard et dit bientôt au jeune homme :

— Maintenant, je vais aussi t’aider à obtenir l’oiseau d’or. Tu feras descendre la belle demoiselle quand tu approcheras du château où est l’oiseau, et moi je veillerai sur elle. Tu entreras à cheval sur ta monture d’or dans la cour intérieure du château, y suscitant une grande joie aussitôt, qui leur fera te donner l’oiseau d’or en présent. Dès que tu auras la cage dans ta main, pars au triple galop pour venir nous rejoindre et emmener avec toi la belle princesse.

[ 7 ]  Lorsque tout se fut accompli très heureusement, le jeune prince voulut retourner chez lui avec son triple trésor, mais le renard lui dit :

— Maintenant, j’attends que tu me donnes ma récompense pour tout ce que j’ai fait pour toi !

— Et quel est ton désir ? demanda le jeune prince.

— Que tu me tues, puis me coupes la tête et les pattes quand nous serons dans la forêt.

[ 8 ]  — Ce serait du joli comme expression de gratitude ! répondit le jeune prince. Non, vraiment, je ne consentirai jamais à te faire cela ! C’est impossible.

[ 9 ]  — Puisque tu ne veux pas le faire, dit le renard, je vais te laisser ; mais avant de te quitter, je te donnerai encore un bon conseil :

« De deux choses, tu dois te garder : ne fais pas l’achat de gibier de potence et ne va pas t’asseoir sur la margelle d’un puits. »

Et sur ces derniers mots, le renard disparut au cœur de la forêt.

[ 10 ]  « Quelle mouche le pique ? pensa le jeune homme. C’est quand même une bête bien étrange, et qui a de bien drôles d’idées ! Payer pour avoir du gibier de potence, qui le ferait ? Quant à prendre pour siège la margelle d’un puits, c’est une envie que je n’ai encore jamais eue ! »

Emmenant la belle princesse en croupe, il galopa sur le chemin qui devait les mener au royaume paternel.

Ils passèrent bientôt par le bourg où les deux frères du prince étaient restés. Il y avait grande foule et grand tumulte sur la place, et quand il demanda quelle en était la cause, il apprit que deux hommes allaient être pendus.

Il s’approcha, et vit alors que ces deux hommes n’étaient autres que ses frères, qui s’étaient ruinés dans leurs débordements et qui avaient commis toutes sortes de délits.

Il demanda si l’on ne pouvait obtenir leur libération.

— Si vous payez pour eux, bien sûr ! lui répondirent les gens. Mais pourquoi iriez-vous dépenser votre argent pour racheter de tels vauriens ?

Sans réfléchir, il paya pour racheter leur vie et ils continuèrent la route tous ensemble.

Ils arrivèrent ainsi dans la forêt où le renard leur était apparu la première fois ; et comme le soleil était chaud et qu’il faisait bon frais à l’ombre des grands arbres, les deux frères proposèrent : « Si nous restions un peu à nous reposer à côté de ce puits ? Nous pourrions en profiter pour manger un morceau et nous désaltérer. »

Ils firent donc la pause, et le jeune homme, tout en continuant la conversation, s’assit négligemment, et sans penser à mal, sur la margelle du puits ; ses deux frères le poussèrent et l’y firent tomber à la renverse.

Ils s’emparèrent alors de la belle princesse, du cheval et de l’oiseau d’or, et se hâtèrent de regagner le château de leur père.

— Voilà, père, lui dirent-ils, nous te rapportons non seulement l’oiseau d’or, mais encore le cheval d’or et la princesse du château d’or.

Il y eut grande liesse au château à cet heureux retour, mais le cheval ne mangea plus, l’oiseau ne chanta plus, et la belle demoiselle resta triste et n’arrêta pas de pleurer.

[ 11 ] Dans sa chute, le frère cadet ne s’était pas tué : le puits, heureusement, était à sec, et il était tombé sans se faire de mal sur la mousse qui en tapissait le fond. Seulement, il ne pouvait plus en sortir.

 Le renard, cette fois encore, lui fut fidèle et ne l’abandonna pas dans sa détresse : il sauta lui aussi au fond du puits et lui reprocha avec véhémence d’avoir oublié son conseil.

— Je ne puis pourtant pas t’abandonner, ajouta-t-il, et je vais t’aider à revoir la lumière du jour.

Il lui dit de se bien cramponner à sa queue et il le tira ainsi jusqu’en haut.

— Mais tu n’es pas encore hors de péril, dit le renard quand ils furent hors du puits. Tes frères, qui n’étaient pas certains de ta mort, ont fait cerner la forêt par des gardes qui doivent t’abattre à vue. Il faut donc que tu leur échappes et que tu passes inaperçu.

Rencontrant un pauvre en chemin, le jeune homme changea d’habits avec lui et parvint dans cette défroque jusqu’au château de son père et entra dans la cour.

Nul ne l’avait reconnu, mais l’oiseau se mit aussitôt à chanter, le cheval commença à manger et la belle princesse arrêta de pleurer d’un seul coup. Le roi s’en étonna et lui demanda comment cela se faisait.

— Je ne sais pas, répondit la jeune fille. Je me sentais si affreusement triste, et voilà que je me sens toute heureuse et joyeuse au-dedans de moi. On dirait que mon vrai fiancé est venu tout soudain.

Et bien que les deux frères l’eussent menacée de mort si elle révélait quoi que ce fût, elle raconta alors au roi toute la vérité de l’histoire.

Le roi ne dit rien, mais ordonna que tous ceux qui étaient au château parussent devant lui ; et dans le nombre, parut aussi le jeune prince revêtu de ses loques et caché sous ses haillons ; mais le cœur de la belle princesse ne pouvait pas se tromper et elle le reconnut immédiatement, courant le serrer dans ses bras.

Les mauvais frères furent arrêtés et mis à mort sur l’heure, tandis que le jeune prince était uni par le mariage à la belle princesse et devenait l’héritier du trône de son père.

[ 12 ] Mais le pauvre renard, quel a été son sort ? Un jour que le fils du roi était retourné dans la forêt – c’était longtemps, bien longtemps après tout cela – il rencontra de nouveau le renard qui lui dit :

— Toi, tu as maintenant tout ce que tu peux désirer ; mais pour moi le malheur n’a toujours pas de fin, alors qu’il est en ton pouvoir de me délivrer.

Et de nouveau, il le supplia avec instance, lui demandant de le tuer et de lui couper la tête et les pattes.

Cette fois donc, le prince le fit : il tua le renard, le décapita et lui trancha les pattes ; et aussitôt qu’il l’eut fait, le renard se changea en un jeune homme qui n’était autre que le frère de la belle princesse, enfin délivré de l’enchantement qui le tenait prisonnier.

Et depuis lors il ne manqua plus rien à leur bonheur aussi longtemps qu’ils vécurent, les uns comme les autres.

 

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