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Bienvenue! >> Contes-clés >> Le Langage des animaux

 

1. Les Trois oisillons 2. La Vieille dans la forêt
3. Le Corbeau 4. Le Langage des animaux
5. Le Chat botté 6. L’Homme de fer
7. L’Oiseau d’or 8. Le Fiancé de la princesse

Un jeune chasseur qui depuis de longues années sillonnait le pays en tous sens, entendit, un jour qu’il était à l’affût à l’orée d’une forêt, un long sifflement. Intrigué, il entra dans la forêt. Approchant d’une clairière, il vit que l’herbe sèche et les feuilles mortes avaient pris feu. Au milieu d’un cercle de flammes, il aperçut un serpent qui sifflait à perdre haleine.

Dès que le serpent aperçut le chasseur, il lui cria :

— Chasseur ! Chasseur ! Sauve-moi !

Le chasseur tendit son fusil au-dessus des flammes. Le serpent s’enroula autour de l’arme et monta jusqu’à sa main.

De la main, il glissa jusqu’au cou et l’entoura comme un collier. Quand le chasseur sentit cela, il eut grand-peur et dit au serpent :

— Malheur à moi ! T’ai-je donc sauvé pour ma perte ?

— Ne crains rien, répondit le reptile. Conduis-moi chez mon père qui est le roi des serpents.

[ 1 ]  Le chasseur se mit à courir dans la forêt avec le serpent autour du cou. Il arriva devant une porte, faite de longues couleuvres entrelacées. Le serpent siffla. Aussitôt les couleuvres s’écartèrent, puis il dit au chasseur :

— Quand nous serons dans le château, mon père ne manquera pas de t’offrir ce que tu peux désirer : de l’argent, de l’or, des bijoux et tout ce qu’il y a de plus précieux dans le monde. Décline sa proposition, mais demande-lui de comprendre le langage des animaux. Il refusera longtemps, mais il finira par t’accorder ce privilège.

Ils arrivèrent dans la grande salle du château. Le serpent raconta au roi des serpents comment il avait été cerné par les flammes et comment le chasseur l’avait sauvé.

Le roi des serpents se tourna alors vers le chasseur et lui dit :

— Quelle récompense veux-tu que je t’accorde pour avoir sauvé mon fils ?

— Je veux comprendre le langage des animaux, répondit le chasseur.

[ 2 ]  Le roi dit :

— Si je te permettais de comprendre ce langage et que tu livres ton secret à âme qui vive, tu mourrais aussitôt. Demande-moi autre chose qui te soit plus utile. Je te le donnerai.

[ 3 ]  Mais le chasseur insista :

— Si tu veux me récompenser, apprends-moi le langage des animaux, sinon laisse-moi m’en aller : je ne veux pas autre chose.

Et il fit mine de s’éloigner. Alors le roi le rappela et lui dit :

— Puisque tu le désires, viens ici devant moi et ouvre la bouche.

[  ] Le chasseur ouvrit la bouche ; le roi des serpents y souffla.

— Maintenant tu pourras comprendre le langage des animaux ; mais garde-toi bien de jamais trahir ce secret, car si tu livres ce secret à quiconque tu mourras à l’instant.

[ 4 ]  Le chasseur s’en alla. Comme il traversait une forêt, il comprit ce que chantaient les oiseaux. Sur le chemin de retour, surpris par la nuit, il se coucha sur le sol, au pied d’un arbre pour dormir.

Deux corbeaux vinrent se poser sur l’arbre et se mirent à bavarder :

— Si ce chasseur savait qu’à l’endroit où il dort il y a sous la terre un coffre plein d’or et d’argent, que crois-tu qu’il ferait ?

[ 5 ]  Le chasseur entendit ces croassements. Le lendemain, il alla trouver son seigneur et lui demanda une voiture. En creusant au pied de l’arbre, ils trouvèrent un coffre plein d’or et d’argent qu’ils emportèrent.

Le seigneur qui était honnête homme, dit au chasseur :

— Mon fils, ce trésor est à toi, car c’est toi qui l’as trouvé.

Le chasseur emporta le trésor, se fit construire une maison et se maria. Il vécut joyeux et content. Il était le plus riche propriétaire de son village et des environs, possédait des troupeaux de moutons, de bœufs, de chevaux et des champs et des forêts.

[ 6 ]  Mais il ne renonça pas à sa vie de chasseur pour autant et continua de s’absenter pour de longues périodes, loin de sa maison. Cela intriguait beaucoup sa femme et son entourage.

[ 7 ]  Un jour, accompagné de sa femme, il partit pour aller rendre visite à ses voisins. Bientôt son cheval prit de l’avance, la jument de son épouse restant en arrière. Le cheval se retourna et dit à la jument :

— Allons, plus vite ! Pourquoi veux-tu ralentir ?

La jument répondit :

— Cela t’est bien facile d’aller vite, tu ne portes que ton maître ; mais moi, en même temps que ma maîtresse, je porte des colliers, des bracelets, des jupes brodées et des jupons. Il faudrait quatre bœufs pour déplacer cette quincaillerie.

Le mari, comprenant ce que disait la jument, éclata de rire. Sa femme lui demanda ce qui le faisait tellement rire.

— Rien du tout ; une sottise dont je me suis souvenu.

[ 8 ]  La femme pressa son mari de lui dire pourquoi il avait ri. Mais il résista tant qu’il put et lui dit :

— Je ne le sais pas moi-même.

Plus il refusait de parler, plus elle insistait pour savoir pourquoi il avait éclaté de rire. À la fin exaspéré, il lui dit :

— Si je te disais ce qui m’a fait rire, tu ne le supporterais pas.

De plus en plus intriguée, la femme tourmenta son mari pour qu’il parlât.

[ 9 ]  De retour chez lui, il lui dit :

— Très bien ma chère femme, puisque tu insistes tant. Je vais te faire connaître ce que tu veux savoir. Pour cela, il va falloir que tu m’accompagnes en voyage. Et comme tu voulais répondre à l’invitation de ton oncle, c’est chez lui que nous allons nous rendre. Mais encore une fois, je te le rappelle : tu ne le supporteras pas.

Et ils partirent.

[ 10 ]  Ils trouvèrent bientôt sur leur route un arbre qui grinçait et oscillait. Le mari s’arrêta, resta un moment silencieux puis se tourna vers sa femme.

— Cet arbre nous dit : « Quelque chose me blesse, arrêtez-vous un instant et retirez cela de mon flanc que je puisse trouver le repos ! »

— Nous n’avons pas le temps, répliqua la femme. Et de toute façon, comment un arbre pourrait-il parler ?

Et ils se mirent en route.

Ils avaient déjà fait un bout de chemin lorsque le mari dit à sa femme :

— Quand nous étions près de cet arbre, n’as-tu pas senti l’odeur de miel ? Peut-être des abeilles sauvages ont-elles essaimé dans le tronc ?

— Si c’est vrai, s’écria-t-elle, dépêchons-nous de retourner là-bas recueillir le miel. Ce que nous ne mangerons pas, nous le vendrons pour le voyage.

— Comme tu voudras, dit l’homme.

Mais lorsqu’ils arrivèrent en vue de l’arbre, ils virent une bande de voyageurs occupés à récolter une énorme quantité de miel.

— Quelle chance nous avons eue ! exultaient-ils. Il y a là assez de miel pour nourrir une ville entière. Nous étions de pauvres pèlerins, nous voilà désormais marchands ! Notre avenir est assuré.

[ 11 ]  L’homme et la femme reprirent donc leur chemin.

Comme ils arrivaient au pied d’une montagne, ils perçurent un bourdonnement qui semblait sourdre de son flanc. L’homme colla son oreille au sol :

— Il y a là-dessous des millions de fourmis en train de construire leur demeure, dit-il. Ce bourdonnement est un appel à l’aide concerté. Elles nous disent dans leur langue : “Aidez-nous, aidez-nous ! Nous sommes en train de creuser mais nous avons rencontré d’étranges rochers qui font obstacle à notre progression. Aidez-nous à les déterrer !” Veux-tu que nous nous arrêtions pour les aider ou bien préfères-tu poursuivre sans plus attendre ?

— Écoute, rétorqua la femme, les fourmis et les pierres, ce n’est pas notre affaire. À ce train-là, nous n’arriverons jamais chez mon oncle. La route est longue, tu le sais bien.

— Très bien, ma chérie, mais ne dit-on pas que tout est lié ? Peut-être y a-t-il une relation entre ceci et notre voyage.

La femme ne prêta pas attention à ce que marmonnait son mari et ils continuèrent.

Lorsque les deux voyageurs s’arrêtèrent pour la nuit, la femme s’aperçut qu’elle avait perdu son écharpe.

— J’ai dû la laisser tomber près de la fourmilière, dit-elle.

Le lendemain matin, ils revinrent donc sur leurs pas.

Lorsqu’ils furent de retour à la fourmilière, ils ne trouvèrent nulle trace de l’écharpe. Par contre, ils virent des gens, couverts de boue, qui se reposaient à côté d’un tas de pièces d’or.

— C’est un trésor caché que nous venons juste de déterrer, déclarèrent-ils. Nous étions sur la route lorsqu’un homme de frêle apparence nous a interpellés en ces termes : « Creusez à cet endroit et vous trouverez ce qui est pierre pour certains et or pour d’autres ».

La femme maudit le sort :

— Si seulement nous nous étions arrêtés, gémit-elle, toi et moi nous serions devenus riches hier soir : quel malheur !

Les autres remarquèrent :

— L’homme qui vous accompagne, madame, ressemble étrangement à celui que nous avons vu hier soir.

— Tous les hommes se ressemblent la nuit, ironisa le mari.

Et laissant là les gens, ils allèrent leur chemin.

L’homme et la femme poursuivirent leur voyage. Quelques jours plus tard, ils atteignirent les bords ombragés d’une rivière. Le mari s’arrêta et ils s’assirent en attendant le passeur. Soudain ils virent un poisson monter plusieurs fois à la surface de l’eau et grimacer dans leur direction.

— Ce poisson, dit le mari, nous envoie un message. Il dit : « J’ai avalé un caillou. Attrapez-moi et donnez-moi une herbe à manger cela me permettra de le rejeter et d’être soulagé. Voyageurs, ayez pitié ! »

À ce moment précis, le bac apparut et la femme impatiente d’aller de l’avant, y poussa son époux. Le batelier trop heureux de recevoir une pièce d’argent transporta l’homme et la femme qui dormirent confortablement cette nuit-là sur la rive opposée, dans l’auberge qu’une âme charitable avait édifiée en ce lieu à l’intention des voyageurs.

Ils prenaient leur petit déjeuner, le lendemain matin, lorsque le batelier vint les retrouver. La nuit avait été la plus faste de son existence, leur dit-il ; le couple lui avait porté chance, et il ne savait comment les remercier.

Le batelier était riche désormais. Voici comment : il allait rentrer chez lui le soir précédent, à l’heure habituelle, lorsqu’il les avait aperçus sur l’autre rive. Il avait décidé malgré sa fatigue de faire un voyage supplémentaire pour la « chance » s’était-il dit, la bénédiction que confère l’aide accordée au voyageur. Plus tard, alors qu’il s’apprêtait à remiser sa barque, il avait vu un poisson se jeter sur la berge.

Il essayait apparemment d’avaler un brin d’herbe. Le pêcheur compatissant lui avait mis la plante dans la bouche et le poisson avait vomi un caillou puis s’était glissé dans l’eau. Ce caillou était un énorme diamant, sans défaut, d’un éclat incomparable et d’une inestimable valeur.

 [ 12 ]  — Tu es un démon ! cria la femme, furieuse, à son mari, tu connaissais l’existence de ces trois trésors grâce à un pouvoir de perception caché et tu ne m’as pas dit un mot sur le moment ! Est-ce là la conduite d’un vrai mari ? Ma malchance était déjà suffisamment tenace, mais sans toi je n’aurais jamais rien su de ce qui peut se cacher dans les arbres, les fourmilières et les poissons !

Elle n’avait pas plus tôt prononcé ces mots qu’elle sentit comme un vent puissant lui balayer l’âme. Et elle sut que la vérité était exactement le contraire de ce qu’elle avait dit.

 L’homme avança la main et toucha légèrement sa femme à l’épaule, en lui souriant :

— Maintenant, tu sais ce que tu voulais savoir, n’est-ce pas ! Viens nous pouvons rentrer.

Et ils prirent le chemin du retour.

 

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