La Structure vitale du conte merveilleux
Tous les contes merveilleux sont construits sur le modèle de cette dynamique de création. Ils ont tous la même structure, qui reprend ce schéma de croissance. L’aventure du héros se développe toujours selon les niveaux de création suivant :
Au premier niveau, le héros vit son impuissance : le besoin qui l’habite se heurte à un obstacle infranchissable. Mais sa nécessité à aboutir ne peut pas renoncer : ce n’est pas pour rien qu’il a ce besoin, c’est le fait d’une prédisposition infinie qui l’appelle. En vérité, c’est sa seule ressource dans l’impasse où il se trouve. Car c’est à cet infini du héros que le tout Possible va offrir une inspiration, une percée créatrice, à partir de laquelle il pourra entreprendre.
La préparation à cette percée créatrice nous invite à bien distinguer dans notre questionnement le besoin qui nous obsède, puis l’obstacle qui s’y oppose, et, enfin, notre nécessité à aboutir. Pour, en créativité, chercher ensuite l’inspiration qui pourrait nous être donnée en réponse à notre attente infinie. Grâce à elle, nous établissons le contact avec le Tout Possible. De la question inerte que nous portions, nous faisons une quête, un germe vivant qui maintenant peut se déployer selon les niveaux de croissance suivants.
Au deuxième niveau le héros donne suite à sa percée créatrice. Il commence par regarder de près cette inspiration, de quoi elle est faite, comment elle lui est venue, l’intention sous jacente qui, derrière, semble se profiler. Très attentif à la réponse reçue, il la suit aussi fidèlement que possible, découvrant généralement des indices supplémentaires au cours de cette exploration, comme dans le schéma des 9 points où la première réponse invite à prolonger les trois points de chaque côté du carré, côté après côté, jusqu'à révéler la vraie forme de la question : l’étoile. Allant ainsi d’inspiration en inspiration, de solution en solution, le héros atteint un résultat bien plus conséquent : en fait il se retrouve dans un espace beaucoup plus vaste que ce qu’il recherchait.
Cette réponse si riche en possibilités merveilleuses, comment la vivre maintenant et la mettre en application? Le héros ne peut plus avoir la même présence, il n’est plus impuissant. Il est au contact de quelque chose qui bouge, qui est vivant, qui respire. Quelque chose qui a commencé et dont il faut accompagner le mouvement.
En suivant les indications données, il finit par pressentir ce que la vie attend de son action.
La vie, c’est-à-dire, autour de sa présence, tout un mouvement de coïncidences, de rencontres, d’inspirations attirées par sa vitalité. - Quand vous souhaitez être plus vivant, n’allez-vous pas vers ce qui est vivant ?- Un mouvement puissant de forces de vie qui s’engouffrent dans la brèche ouverte par le héros.
Dans ce troisième niveau du conte, le héros ressent maintenant que quelque chose de plus grand que lui s’intéresse à son éveil, un mouvement qui l’emmène bien au-delà de sa demande initiale. En s’étant engagé aussi loin dans la dimension d’inspiration, il se retrouve dans une accélération qui l’emporte au-delà de lui-même, et il a peur : son intelligence ou ses croyances sont prises de court. Ce mouvement peut être très difficile, voire dangereux. Si le héros cède à sa peur, tout s’arrête et il revient à son point de départ ; c’est l’échec et il perd sa chance. A cet endroit, il y a une chute possible, un point critique où tout peut prendre fin. Certains contes s’arrêtent là : le héros est dépassé et s’écroule, comme dans cette version de La Belle et la Bête où la Belle, sous la pression de ses sœurs qui essaient de lui extorquer son secret, finit par succomber et, trahissant la Bête, tue son prince.
Pour franchir ce passage délicat, le héros a besoin d’une perception plus nette de sa mission, de son destin. Une intuition certaine. Un avant goût de son accomplissement sur lequel il puisse prendre appui pour s’abandonner au flot des coïncidences qui viennent à sa rencontre et l’emportent.
Au seuil de ce quatrième niveau maintenant, l’enjeu, pour lui, est de se donner à la vie.
Ayant fait alliance ainsi avec la vie qui vient le chercher et se sert de sa quête et de son dynamisme, en appui sur la mission inhérente à son questionnement, et consentant à cet appel de la vie, le héros peut se donner totalement, fort de la certitude de ce qu’il est appelé à vivre. Bien centré sur son modèle d’accomplissement, il peut accompagner la multiplication des coïncidences, qui s’accélèrent et se fécondent les unes les autres. Il est au centre d’un entrecroisement d’ « étoiles» qui s’accomplissent directement, sans lui, mais qui utilisent sa présence comme pivot central. La synergie de ces coïncidences, à un certain moment, atteint une masse critique telle que tout ce mouvement de croissance bascule vers un changement irréversible
Telle est la structure vitale du conte merveilleux : douze paliers de croissance et quatre grands niveaux de création : l’accès à l’inspiration, l’engagement pour l’inspiration, l’alliance avec la vie, et la synergie des forces de vie.
Faire de sa vie un conte à partir d’un questionnement, c’est lui donner la dynamique de vie propre à tous les vivants, la dynamique de croissance de la vie. C’est reconnaître dans notre « existentiel » les lois de la vie, le transformer en quête et le développer selon cette structure du récit merveilleux, dans la magie de la vie.
Comment donner à notre questionnement cette impulsion, ce déclic de la vie ? En appelant la vie.